Partition /home séparée sur Debian : préparer, copier, basculer
Une partition /home séparée isole les données utilisateurs de la racine : réinstaller Debian ou restaurer un système corrompu préserve vos documents, à condition de ne pas formater cette partition. La procédure qui suit s’appuie sur Debian 13, nom de code trixie, et les pages man parted(8), mke2fs(8), rsync(1), blkid(8), mount(8), resize2fs(8). Aucune commande n’est exécutée pour vous ; chaque étape destructive demande une confirmation et s’inscrit dans un ordre précis, avec sauvegarde vérifiée en amont. Pour situer ce choix de disque dans Debian, consultez la vue d’ensemble de Debian.
Sommaire
- À quoi sert une partition /home séparée ?
- Avant toute manipulation, la sauvegarde
- Quelle Debian et quels outils utiliser ?
- Comment rétrécir / pour libérer de l’espace ?
- Comment créer la nouvelle partition ?
- Comment formater la nouvelle partition en ext4 ?
- Comment copier les données existantes avec rsync -aHAX ?
- Comment modifier /etc/fstab et basculer ?
- Vérification après redémarrage
- Ce que la procédure laisse de côté
- Aller plus loin dans CyberSDF

Pour situer le contexte : le guide d’installation Debian 13 amd64, section 6.3.4, décrit cinq schémas de partitionnement, dont Separate /home partition (9 Go minimum, partitions /, /home, swap). Le même guide précise que le partitionneur prend en charge ext2, ext3, ext4, LVM, RAID logiciel et chiffrement. C’est la matière première ; la procédure qui suit ne la remplace pas.
À quoi sert une partition /home séparée ?
Trois usages concrets, cités dans la documentation Debian et les discussions de la communauté sans qu’aucun ne soit une garantie :
- Réinstaller Debian sans perdre vos données. Si
/homeest sur sa propre partition et que vous ne la formatez pas lors de la réinstallation, vos documents, configurations et historiques de messagerie survivent à un changement de version. C’est l’usage le plus cité. - Tester une autre distribution. Vous pouvez installer une distribution différente en montant la même partition
/homeau même point, à condition de réutiliser le même identifiant utilisateur et le même UID (numéro d’utilisateur) pour que les permissions restent valides. - Séparer les sauvegardes par fréquence. Vous pouvez sauvegarder
/homeplus souvent que/, ou réciproquement, selon la nature de vos données. Le manuel Debian sur le partitionnement donne cette piste sans la chiffrer.
Ce que la séparation ne fait pas : elle n’isole pas vos fichiers d’un compte utilisateur compromis, elle ne chiffre pas vos données (sauf à ajouter LUKS), elle ne protège pas du vol du disque, elle ne remplace pas une sauvegarde externe vérifiée. La page Permissions et utilisateurs Linux du même site couvre la frontière utilisateur, qui est distincte.
Avant toute manipulation, la sauvegarde
Avant la première commande, ce point est non négociable et la page le redit à chaque étape de modification du disque : une sauvegarde vérifiée de tout ce qui compte. Sans sauvegarde externe, l’opération n’est pas raisonnable, même en suivant exactement la procédure.
Trois sauvegardes coexistent souvent, et c’est leur accumulation qui protège :
- Une sauvegarde hors du disque modifié : disque externe, autre machine, espace de stockage en ligne. Si vous ne pouvez pas tester la restauration, ce n’est pas une sauvegarde, c’est une copie.
- Une copie du
/homeactuel sur ce support externe. La commande canonique estrsync -aHAX; la pagersync(1)Debian précise que-aest le mode archive et qu’il est *équivalent à-rlptgoD, sans-H,-A,-X,-U,-N; pour préserver aussi les liens hard, les ACL et les attributs étendus, il faut donc explicitement ajouter-H,-A,-Xaux côtés de-a. L’option-Xest documentée commepreserve extended attributes,-Acommepreserve ACLs (implies –perms),-Hcommepreserve hard links. - Une copie de
/etc/fstab,/etc/crypttabsi vous chiffrez, de la table de partition actuelle et de la sortie deblkidetlsblk -f. Ces fichiers-là sont petits, et c’est eux qui permettent de retrouver l’état exact des partitions si la procédure est interrompue.
Pour mesurer l’environnement de la machine où vous lisez : lsblk -f liste les partitions existantes avec leur système de fichiers. Sur une VM Ubuntu cloud de contrôle, par exemple, la commande renvoie un disque unique sda de 500 Go avec une seule partition ext4 occupant tout l’espace ; home n’est alors pas séparé, ce qui rend la procédure utile, pas déjà appliquée. La même commande, sur votre machine, servira de référence pour décider ce qu’il faut rétrécir.
Quelle Debian et quels outils utiliser ?
La page cible Debian 13, nom de code trixie (version de maintenance 13.7 publiée le 12 septembre 2026, support complet jusqu’au 9 août 2028 et support à long terme jusqu’au 30 juin 2030 selon les notes de publication). Les commandes citées viennent de la branche trixie des pages man Debian.
Les outils utilisés, vérifiés sur la machine de contrôle, et leurs pages man de référence :
parted 3.6: utilitaire de partitionnement. Pages manparted(8)Debian trixie etparted(8)bookworm.mke2fs 1.47.2(du paquete2fsprogs) : création du système de fichiers ext4. Page manmke2fs(8). Le paquet fournit aussimkfs.ext4.e2fsck 1.47.2(du même paquet) : vérification d’un système de fichiers ext4 avant redimensionnement.resize2fs 1.47.2: agrandir ou rétrécir un système ext2/ext3/ext4. La page manresize2fs(8)Debian trixie indique que l’outil redimensionne les systèmes ext2, ext3 et ext4 et peut agrandir un système monté. Pour rétrécir, le système de fichiers doit être démonté.rsync 3.2.7: copie incrémentale. Page manrsync(1)Debian trixie.util-linux 2.39.3: fournitlsblk(8),blkid(8),mount(8),umount(8),findmnt(8).coreutils 9.4: fournitdf(1),findfs(8).
Versions effectivement mesurées le 15 septembre 2026 sur la machine de contrôle (Ubuntu 24.04.4 LTS, noyau 6.8.0-106-generic, Bash 5.2.21) :
$ parted --version
parted (GNU parted) 3.6
$ rsync --version | head -1
rsync version 3.2.7 protocol version 31
$ blkid --version
blkid from util-linux 2.39.3 (libblkid 2.39.3, 04-Dec-2023)
$ lsblk --version
lsblk from util-linux 2.39.3
Ces versions sont celles d’Ubuntu 24.04.4 LTS ; elles ne sont pas identiques à celles de Debian 13 trixie (par exemple util-linux 2.41-5 dans trixie), mais les options utilisées ici sont stables depuis plusieurs versions et présentes dans les deux branches.
Comment rétrécir / pour libérer de l’espace ?
Le redimensionnement est l’étape qui perd des données si elle est mal exécutée. Trois prérequis avant la commande :
- Une sauvegarde vérifiée du contenu de
/et de/home, distincte de la partition que vous allez modifier. - La partition
/démontée. En usage normal,/est monté ; il faut donc démarrer sur un support externe (clé USB d’installation Debian en mode rescue, ou live USB Debian) pour que/ne soit pas monté. Sans cela,resize2fsrefuse de rétrécir. - Une vérification préalable du système de fichiers :
e2fsck -f /dev/sdXNsur la partition à rétrécir. La page manresize2fs(8)indique que cette vérification est nécessaire avant un shrink.
L’ordre des opérations, documenté par parted(8) et resize2fs(8) :
-
Démarrer sur un support externe (clé USB Debian en mode rescue, par exemple).
-
Repérer la partition à rétrécir avec
lsblk -fet confirmer son système de fichiers. -
Lancer
e2fsck -f /dev/sdXN. -
Rétrécir d’abord le système de fichiers, avec
resize2fs /dev/sdXN TAILLE_VOULUE.resize2fsrétrécit le système de fichiers à la taille indiquée ; la taille s’exprime en blocs du système de fichiers (la valeur par défaut), ou avec un suffixeK,M,G,T(binaire). -
Rétrécir ensuite la partition avec
parted:sudo parted /dev/sdX resizepart NUMERO TAILLELa page man
parted(8)Debian trixie précise queresizepart partition endchange la fin de la partition sans modifier le système de fichiers présent. C’est pourquoi on rétrécit le système de fichiers avant la partition, jamais l’inverse.
La taille à viser doit laisser de l’espace à /. Une règle simple issue du guide d’installation Debian 13 amd64 : schéma Separate /home partition, avec 9 Go minimum pour /, une partition /home et du swap. Pour un poste avec quelques utilisateurs et des applications courantes, 50 Go à 100 Go pour / laissent de la marge ; pour un serveur, on adapte.
Une commande d’observation avant toute modification :
df -h /
Elle donne la taille utilisée de / et la taille totale ; c’est la taille utilisée plus une marge qui devient la nouvelle taille de /.
Comment créer la nouvelle partition ?
Une fois l’espace libéré apparaît comme espace libre dans lsblk. La création se fait avec parted :
sudo parted /dev/sdX mkpart primary ext4 DEBUT FIN
Trois paramètres vérifiés : primary parce qu’on suppose une table MBR ; pour GPT (cas par défaut sur les disques plus récents), on peut omettre le type ou utiliser parted /dev/sdX mkpart ext4 DEBUT FIN. ext4 est le système de fichiers choisi (on ne le crée pas ici, on l’le label). DEBUT et FIN s’expriment dans l’unité activée dans parted (par exemple en Mio avec unit MiB, ou en pourcentage).
Avant la commande, deux vérifications :
parted /dev/sdX print freeaffiche l’espace disponible et les partitions existantes ; c’est ce qui permet de calculerDEBUTetFIN.parted /dev/sdX unit MiB printaffiche les tailles en Mio, plus facile à manipuler.
Les commandes ci-dessus modifient la table de partitions. Une erreur de paramètres à cette étape est récupérable tant que la nouvelle partition n’est pas formatée ni montée ; après formatage, une erreur d’alignement ou de chevauchement est plus pénible à corriger.
Comment formater la nouvelle partition en ext4 ?
Le formatage utilise mke2fs (le frontal historique) ou mkfs.ext4 (le frontal spécifique) ; les deux produisent le même système de fichiers ext4 et appellent la même bibliothèque. La page man mke2fs(8) Debian trixie décrit l’outil comme un créateur de système de fichiers ext2, ext3 ou ext4, généralement dans une partition ou un fichier désigné par le périphérique.
Trois options utiles dans le contexte présent :
-L home-part: pose un label de volume, plus simple à référencer dans/etc/fstabqu’un UUID.-m 1: réserve 1 % des blocs pour root (par défaut 5 %), un choix adapté aux partitions de données où l’on n’a pas besoin d’espace réservé pour les processus système.-N nombre: fixe explicitement le nombre d’inodes ; sinonmke2fscalcule une valeur par défaut qui convient généralement.
La commande :
sudo mkfs.ext4 -L home-part -m 1 /dev/sdXN
Une fois le formatage terminé, lsblk -f doit montrer la nouvelle partition avec le label home-part et le type ext4. C’est la sortie que vous attendez avant de continuer.
Comment copier les données existantes avec rsync -aHAX ?
La copie est l’étape qui demande le plus de prudence, parce qu’elle touche toutes les données utilisateur. Quatre règles :
-
Sauvegarder d’abord, distincte de la partition cible. Une copie qui échoue est récupérable si la source est intacte.
-
Monter la nouvelle partition sur un point de montage temporaire, par exemple
/mnt/newhome. -
Copier en préservant attributs, ACL et attributs étendus :
rsync -aHAX /home/ /mnt/newhome/. Les options sont documentées par la page manrsync(1)Debian trixie :-a, --archive: mode archive équivalent à-rlptgoD, sans-A,-X,-U,-Nni-H. Sans-H,-Aet-X, les hard links, ACL et attributs étendus ne sont pas préservés.-H, --hard-links: preserve hard links.-A, --acls: preserve ACLs (implies –perms).-X, --xattrs: preserve extended attributes.
-
Vérifier la copie avant de démonter, par différence de taille et par échantillonnage :
du -sh /home /mnt/newhome diff -q /home /mnt/newhome | head
Le trailing slash sur /home/ est important : sans lui, rsync copie le répertoire /home lui-même dans /mnt/newhome/, ce qui produit /mnt/newhome/home/ au lieu de remplacer le contenu.
Pour un volume important, la copie prend du temps. rsync affiche la progression ; il est réversible tant que la partition source n’a pas été modifiée.
Comment modifier /etc/fstab et basculer ?
Une fois la copie vérifiée, le basculement tient en quatre étapes :
-
Recueillir l’identifiant stable de la nouvelle partition. Deux méthodes :
- Par label :
blkid -L home-partoufindfs LABEL=home-part. - Par UUID :
blkid /dev/sdXNoulsblk -o NAME,UUID.
Les UUID sont plus stables que les labels, mais les labels sont plus lisibles. Pour un disque interne, l’un ou l’autre convient ; pour un disque externe qu’on branche à plusieurs machines, l’UUID est plus sûr.
- Par label :
-
Sauvegarder
/etc/fstab. Cette ligne n’est pas optionnelle : si/etc/fstabdevient incohérent, le système peut refuser de démarrer.sudo cp /etc/fstab /etc/fstab.bak.$(date +%Y%m%d) -
Ajouter la ligne de montage pour
/home. Une ligne type, avec UUID :
UUID=xxxxxxxx-xxxx-xxxx-xxxx-xxxxxxxxxxxx /home ext4 defaults,errors=remount-ro 0 2
Les champs sont documentés par la page man fstab(5) ; 0 pour dump (pas de sauvegarde par dump) et 2 pour pass (fsck après la racine). L’option errors=remount-ro remonte la partition en lecture seule en cas d’erreur, ce qui limite la casse.
Pour utiliser le label à la place de l’UUID, la syntaxe est LABEL=home-part.
- Tester la ligne avant redémarrage. La commande
findmnt --verify --target /home(deutil-linux) vérifie la cohérence de la table et des montages déclarés. Une erreur ici doit être corrigée avant le redémarrage.
Une fois /etc/fstab modifié et vérifié, démonter l’ancien /home (ce qui n’est possible qu’après avoir quitté toute session de cet utilisateur, idéalement après redémarrage sur le support externe) et remonter :
sudo umount /home
sudo mount /home
En usage normal, sur le système en service, on ne démonte pas /home à chaud. La bascule se fait donc au redémarrage, après que systemd a lu /etc/fstab et monté la nouvelle partition sur /home.
Vérification après redémarrage
Trois mesures pour confirmer que la bascule a réussi :
- La nouvelle partition est montée sur
/home:
findmnt /home
La sortie doit montrer le périphérique attendu (UUID ou /dev/sdXN), le type ext4, et la taille attendue.
- Les fichiers sont accessibles et lisibles par l’utilisateur :
ls -la /home/$USER
Les permissions par défaut, sous Debian, sont drwxr-xr-x pour le répertoire personnel et -rw-r--r-- pour les fichiers non cachés, avec propriétaire $USER:$USER. Si l’utilisateur a été recréé avec un UID différent, les fichiers apparaissent comme appartenant à un UID numérique : c’est le signal que chown -R $USER:$USER /home/$USER est nécessaire.
- Les écritures fonctionnent :
touch /home/$USER/test-ecriture && rm /home/$USER/test-ecriture
C’est la vérification la plus simple qu’un processus utilisateur peut écrire dans la partition.
Ce que la procédure laisse de côté
Cette procédure documente une démarche validée par la documentation Debian et les pages man. Elle ne prétend pas à trois choses :
- Matériel ancien, BIOS, EFI, LVM. Sur un disque avec une table MBR et une limite de quatre partitions primaires, l’ajout d’une partition peut imposer de convertir en GPT, ce qui modifie la table sans modifier les fichiers. La procédure suppose un disque GPT ou MBR avec une entrée libre ; les configurations différentes demandent des étapes intermédiaires.
- Système chiffré LUKS. Si
/homeest sur un volume LUKS existant ou doit l’être,partedne suffit pas ; il faut créer la partition, puis l’ouvrir aveccryptsetup luksFormatet la mapper, puis formater l’intérieur. La page Permissions et utilisateurs Linux et la documentationcryptsetup(8)couvrent cette couche séparément. - Partitionnement non documenté (LVM, RAID, ZFS, btrfs subvol). Si
/est sur LVM, la procédure de rétrécissement passe parlvreduceetresize2fs; les pages manlvm(8)etlvreduce(8)sont les références. Pour btrfs, c’estbtrfs filesystem resizequi s’applique, pasresize2fs. La procédure reste sur le cas ext4 simple, sans LVM ni btrfs. - Test grandeur nature sur cette machine. La procédure n’a pas été exécutée ici : la machine de contrôle est une VM cloud dont
/et/homene sont pas sur des disques redimensionnables (la sortie defindmnt /homela montre sur tmpfs, et/sur un disque unique). Toute exécution doit avoir lieu sur une machine hors service ou une VM Debian dédiée, jamais sur une machine en production.
Aller plus loin dans CyberSDF
- Installer et mettre à jour Debian : installer Debian 13 trixie à partir d’une image vérifiée, puis mettre à jour avec
apt. - Administration Debian au quotidien : utilisateurs, services, journaux.
- les gestes sur fichiers et répertoires : manipuler les fichiers et répertoires sans perte, dans un dossier temporaire.
- Permissions et utilisateurs Linux : comprendre les droits Unix avant de changer le propriétaire d’un répertoire.
- Personnaliser le prompt Bash : adapter l’invite Bash à un usage prudent.