Ubuntu : quelle version choisir et comment l’installer sans risque
Pour situer Ubuntu sans se tromper, retenez trois faits vérifiables : c’est une distribution Linux à paquets .deb, publiée tous les six mois, avec une version à support long (LTS) tous les deux ans, maintenue cinq ans en sécurité standard. Sur un poste de travail comme sur un serveur, partez d’une LTS. Avant d’installer : sauvegarde à jour, empreinte de l’image vérifiée, support amorçable préparé.
Sommaire
- Que publie Canonical tous les six mois ?
- Quelle variante correspond à quel besoin ?
- Dans quels cas Ubuntu n’est pas le bon choix ?
- Comment se lit le cycle de publication ?
- LTS ou version intermédiaire : comment trancher ?
- Où trouver la documentation officielle d’Ubuntu ?
- Que faire avant de lancer l’installateur ?
- Comment préparer la clé et démarrer l’installateur ?
- Comment choisir la destination sans se tromper de disque ?
- Ubuntu ou Debian : sur quels critères trancher ?
- Comment rester à jour sans changer de version ?
- Repères pour aller plus loin

Dans cette rubrique
Le texte qui suit est un article d’orientation. Il décrit ce que Canonical et la documentation Ubuntu publient, avec les dates qui engagent le support de chaque version. Il ne classe pas les distributions et n’attribue aucune note. Les étapes qui peuvent effacer des données sont expliquées pour que vous décidiez en connaissance de cause, mais aucune n’est exécutée à votre place.
Que publie Canonical tous les six mois ?
Ubuntu publie une nouvelle version tous les six mois. Le numéro suit l’année et le mois de sortie : Ubuntu 26.04 est sorti en avril 2026, Ubuntu 24.04 en avril 2024. Chaque version reçoit un nom de code, par exemple « Resolute Raccoon » pour 26.04. La cadence est donc annoncée d’avance, ce qui permet de planifier une mise à niveau plutôt que de la subir.
Sous le capot, chaque version est un ensemble de paquets .deb répartis en quatre dépôts : main et restricted forment la base système, universe et multiverse contiennent le reste. main et universe sont en logiciel libre ; restricted et multiverse accueillent des paquets non libres, notamment des pilotes. Cette répartition n’est pas un détail : elle détermine ce que la maintenance de sécurité standard couvre réellement.
La conséquence pratique est simple : ce que vous installez vient de des pas identifiés, et vous pouvez vérifier d’où vient un paquet avec apt-cache policy nom-du-paquet. Sur une machine Ubuntu 24.04 sans dépôt tiers, cette commande affiche la version installée, la version candidate et l’URL du dépôt qui la fournit, par exemple noble/main pour la version 24.04.
Quelle variante correspond à quel besoin ?
Trois familles se distinguent par leur destination, pas par leur qualité :
- Ubuntu Desktop : une machine avec écran et utilisateur humain. Le guide utilisateur est publié pour chaque version maintenue, sur help.ubuntu.com.
- Ubuntu Server : une machine pilotée à distance. Le guide serveur est publié sur documentation.ubuntu.com.
- Les saveurs (« flavors ») : des variantes maintenues par la communauté, avec un autre environnement de bureau. Leur cycle de publication peut différer de celui d’Ubuntu : c’est écrit noir sur blanc dans la page officielle, et il faut donc consulter la documentation de la saveur avant de s’engager.
Canonical publie également des images de conteneurs, les « Rocks », construites à partir de paquets Debian. Si votre besoin est un conteneur, cette voie existe ; elle ne remplace pas une installation complète.
La question à se poser n’est pas « quelle est la meilleure variante » mais « qui va administrer cette machine, et depuis où ». Un poste de travail se choisit sur le confort d’usage ; un serveur, sur la stabilité et la documentation disponible.
Dans quels cas Ubuntu n’est pas le bon choix ?
Personne ne peut répondre « Ubuntu » à toutes les situations. Trois cas doivent faire réfléchir avant d’installer :
- Votre matériel est déjà certifié pour autre chose. Une machine ancienne ou exotique peut être mieux documentée ailleurs. Ubuntu publie une liste de matériel testé : si votre modèle n’y figure pas, cela ne l’exclut pas, mais cela signifie que personne ne l’a validé dans ce cadre.
- Vous subissez une contrainte externe. Un parc imposé, un logiciel métier qui ne tourne que sous une autre distribution, une politique interne : ce sont des critères plus forts que la popularité.
- Vous cherchez la plus grande inertie possible. Un système qui ne bouge presque pas pendant des années, sans couche éditeur, se trouve du côté de Debian stable. Ce n’est ni mieux ni moins bien : c’est un autre compromis, à comparer avant d’installer, pas après.
Le bon critère reste toujours le même : ce qui est documenté, maintenu et vérifiable pour votre usage précis.
Comment se lit le cycle de publication ?
Ubuntu distingue deux types de versions, et cette distinction structure tout le reste.
Les versions intermédiaires sortent tous les six mois et reçoivent neuf mois de mises à jour. Elles servent à suivre les noyaux, les langages et les chaînes d’outils récents. Neuf mois, c’est court : il faut mettre à niveau souvent.
Les LTS (« Long Term Support ») sortent tous les deux ans, en avril, et reçoivent cinq ans de maintenance de sécurité standard, avec des correctifs de vulnérabilités pour les paquets du dépôt main. Canonical écrit explicitement que les environnements de production doivent utiliser la LTS.
Les dates sont publiques et engageantes. Au 15 septembre 2026, la page officielle du cycle de publication indique :
| Version | Sortie | Maintenance de sécurité standard |
|---|---|---|
| 26.04 LTS | avril 2026 | jusqu’en mai 2031 |
| 24.04 LTS | avril 2024 | jusqu’en mai 2029 |
| 22.04 LTS | avril 2022 | jusqu’en mai 2027 |
| 20.04 LTS | avril 2020 | terminée en mai 2025 (couverture par Ubuntu Pro) |
Une LTS n’est pas figée pour autant : elle reçoit des mises à jour de sécurité et des versions de maintenance de ses images. Le fichier public des empreintes de la 26.04 liste ainsi ubuntu-26.04.1-desktop-amd64.iso à côté de l’image d’origine, c’est la trace vérifiable d’une publication de maintenance.
LTS ou version intermédiaire : comment trancher ?
La règle tient en trois lignes :
- Poste de travail, serveur, machine de production ou machine familiale : LTS. Cinq ans de correctifs de sécurité, une documentation stable, et un seul choix à faire tous les deux ans.
- Matériel très récent ou chaîne d’outils de pointe : la version intermédiaire peut être nécessaire, en acceptant de remettre à niveau tous les neuf mois.
- Machine d’essai jetable : la question ne se pose pas, installez ce qui vous intéresse.
Un point mérite d’être connu avant de choisir : quand la maintenance standard d’une LTS s’achève, la version ne devient pas pour autant sans correctifs. Canonical propose une souscription Ubuntu Pro qui étend la couverture à dix ans (ESM), puis un module complémentaire jusqu’à quinze ans. C’est une décision d’exploitation, pas une obligation technique : une machine hors maintenance standard peut rester en fonctionnement, mais elle ne reçoit plus les correctifs standards.
Où trouver la documentation officielle d’Ubuntu ?
La documentation est séparée par version, et c’est une bonne nouvelle : lisez celle qui correspond à votre système.
- help.ubuntu.com publie les guides Desktop des versions maintenues (26.04 LTS, 24.04 LTS, 22.04 LTS au 15 septembre 2026). Ces pages sont multilingues ; le guide Desktop est en cours de migration vers la nouvelle documentation Ubuntu.
- La documentation serveur publie le guide serveur, disponible en anglais.
- Le wiki des versions tient les dates de sortie et de fin de vie de toutes les versions.
- La page du cycle de vie tient le tableau de couverture par version, avec les dates de fin de maintenance.
- La liste du matériel certifié recense les machines testées avec Ubuntu.
Un détail utile : la page de documentation n’affiche pas les versions non maintenues. Si votre version est absente de cette liste, ce n’est pas un oubli d’affichage, c’est une information : elle n’est plus supportée.
Que faire avant de lancer l’installateur ?
Quatre vérifications, dans cet ordre.
1. Sauvegardez. Le tutoriel d’installation officiel le recommande avant d’installer sur une machine déjà utilisée, mais la règle est générale : toute modification de structure de disque peut entraîner une perte de données. Une copie sur un disque externe suffit comme filet de sécurité.
2. Vérifiez l’espace. Le tutoriel demande au moins 25 Go d’espace disque, et recommande une clé USB de 12 Go ou plus, elle sera entièrement effacée lors de la création du support.
3. Vérifiez le matériel. Si votre machine figure dans la liste du matériel certifié, vous partez d’une base testée. Sinon, vous pouvez démarrer l’installateur sur l’option Try Ubuntu et vérifier que le matériel fonctionne avant d’installer quoi que ce soit.
4. Vérifiez l’image. Téléchargez l’ISO depuis ubuntu.com, puis comparez son empreinte au fichier SHA256SUMS publié sur releases.ubuntu.com. Pour la 26.04 :
sha256sum ubuntu-26.04-desktop-amd64.iso
La commande affiche une empreinte. Comparez-la, caractère par caractère, à la ligne correspondante du fichier SHA256SUMS :
487f87faaf547ea30e0aba4d5b53346292571256b25333a978db1692bcee9dd2 *ubuntu-26.04-desktop-amd64.iso
Une empreinte identique signifie que le fichier téléchargé est bit pour bit celui que Canonical publie. Une empreinte différente signifie que le téléchargement est incomplet ou altéré : retéléchargez, ne gravez pas.
Comment préparer la clé et démarrer l’installateur ?
Le tutoriel officiel utilise balenaEtcher, disponible pour Linux, Windows et macOS. Deux avertissements avant de cliquer : l’outil efface tout le contenu de la clé USB, et il faut sélectionner la bonne image et le bon support.
Ensuite :
- Insérez la clé dans la machine à installer et redémarrez.
- Au démarrage, ouvrez le menu de démarrage.
F>2est la touche la plus courante ;Échap,F2etF10sont des alternatives fréquentes. Le message affiché au tout début du démarrage indique souvent la bonne touche. - Choisissez la clé USB comme périphérique de démarrage, puis laissez l’installateur s’initialiser.
- Renseignez la langue, l’accessibilité, la disposition du clavier et le réseau. Se connecter au réseau pendant l’installation permet de récupérer les mises à jour et certains pilotes au bon moment.
- À l’écran suivant, vous pouvez choisir Try Ubuntu pour tester sans rien modifier, puis revenir à l’installation depuis le raccourci du bureau, ou Install Ubuntu pour continuer directement.
Un cas particulier à connaître : certains PC utilisent Intel RST (Rapid Storage Technology), que l’installation d’Ubuntu ne prend pas en charge. Si l’alerte apparaît, la documentation dédiée explique qu’il faut désactiver RST dans le BIOS avant de continuer. Ce n’est pas un contournement : c’est le chemin documenté.
Comment choisir la destination sans se tromper de disque ?
C’est l’étape qui décide si vous perdez quelque chose. L’installateur propose plusieurs routes :
- Effacer le disque et installer Ubuntu : la totalité du disque sélectionné est utilisée. Sur une machine à plusieurs disques, cette option permet aussi d’installer en parallèle d’un autre système, à condition de viser le bon disque, le tutoriel insiste sur ce point.
- Installer à côté d’un autre système : un curseur règle l’espace alloué. La plus grande partition est présélectionnée et la conception vise à ne pas écraser les fichiers existants. Pour un contrôle plus fin, l’installateur propose le partitionnement manuel.
- Partitionnement manuel : vous décidez de chaque partition. C’est la route des utilisateurs qui savent ce qu’ils font, et la seule à utiliser si votre découpage doit obéir à une convention.
Deux pièges documentés méritent votre attention avant de valider.
Le chiffrement BitLocker. Si Windows chiffre le disque, l’installateur ne peut pas lire sa structure : il voit du bruit aléatoire et ne peut pas organiser une installation côte à côte sans risque de perte. Le tutoriel liste alors trois issues : annuler l’installation, accepter d’effacer tout le disque (opération destructrice, sans récupération possible), ou désactiver BitLocker proprement, sauvegarde, redémarrage sous Windows, désactivation, vérification que tout fonctionne, puis relance de l’installateur. Notez aussi que toutes les versions de Windows ne permettent pas de réactiver BitLocker après.
Le chiffrement du disque à l’installation. Disponible via les options avancées (LVM, ZFS, ou chiffrement par TPM). Si vous choisissez un chiffrement, l’installateur vous fait créer une clé de sécurité : elle doit être conservée hors de la machine, sinon les données sont irrécupérables. Le chiffrement par TPM est présenté comme expérimental, limité au noyau générique, et nécessite ensuite snap recovery --show-keys pour générer une clé de récupération.
Enfin, une règle simple : si vous n’êtes pas certain du disque qui sera modifié, ne validez pas. Quittez l’installateur et recommencez les vérifications.
Ubuntu ou Debian : sur quels critères trancher ?
Sur trois critères mesurables, pas sur une préférence : la cadence de publication, la durée de la maintenance de sécurité, et l’existence d’une documentation écrite pour la version que vous allez installer. Ubuntu publie tous les six mois avec cinq ans pour les LTS ; Debian publie une version stable environ tous les deux ans, avec un cycle de vie de cinq ans documenté. Les commandes sont proches, les calendriers ne le sont pas.
Un détail observé qui évite un contresens : cat /etc/debian_version ne renvoie pas la version d’Ubuntu. Sur une machine Ubuntu 24.04, cette commande affiche la branche Debian dont la base est issue, pas le numéro d’Ubuntu. Pour la version de la distribution, utilisez plutôt lsb_release -a ou lisez VERSION_ID dans /etc/os-release : les deux renvoient par exemple 24.04.
Comment rester à jour sans changer de version ?
Une installation Ubuntu se met à jour en place : les correctifs de sécurité arrivent dans votre version tant qu’elle est maintenue. Quand la maintenance standard d’une LTS se termine, il faut soit migrer vers la version suivante, soit souscrire une extension. Les chemins de mise à niveau sont publiés avec chaque version : la page du cycle indique par exemple que 24.04 LTS peut évoluer vers 24.10 ou 26.04 LTS.
Deux réflexes suffisent pour ne pas se tromper sur l’état réel de la machine :
lsb_release -a
cat /etc/os-release
Sur une 24.04 LTS, la première renvoie Description: Ubuntu 24.04.4 LTS et Codename: noble ; la seconde porte le même numéro dans sa variable VERSION_ID. Ces deux lectures valent mieux qu’une supposition : elles disent quelle version vous maintenez, et donc jusqu’à quand.
Repères pour aller plus loin
Pour pratiquer, commencez par les gestes de base :
- le guide Linux et terminal rassemble les pages de l’univers Linux ;
- les commandes de base pour se repérer dans un terminal sans risque ;
- le guide de survie en ligne de commande pour les gestes d’urgence ;
- les permissions et utilisateurs pour comprendre qui a le droit de faire quoi ;
- diagnostiquer une connexion quand le réseau ne répond plus.
Installer un système n’est que la première étape : ce qui compte ensuite, c’est de savoir où vous êtes et ce que vous modifiez.
