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Tails : système live amnésique, ce qu’il exécute par défaut, ce qu’il ne garantit pas

Tails est un système live, Debian, qui démarre depuis une clé USB sans écrire sur le disque de l’ordinateur et qui fait passer tout le trafic Internet par Tor. Il est publié par le Tor Project depuis la fusion de septembre 2024 et sa dernière version stable, Tails 7.11, est sortie le 19 août 2026, suivie le 3 septembre 2026 par Tails 7.12, l’image d’installation recommandée aujourd’hui. La version citée ici est celle qui figure sur la page de téléchargement officielle au moment de la rédaction.

Sommaire
  1. Que fait Tails exactement à chaque démarrage ?
  2. Que faut-il pour installer Tails ?
  3. Que contient Tails par défaut ?
  4. Comment fonctionne le routage Tor par défaut ?
  5. Le Persistent Storage : chiffré, non caché
  6. Ce que Tails ne garantit pas
  7. Cas d’usage documentés par le projet
  8. Tails, Qubes OS, Whonix : trois approches différentes
  9. Comment Tails est-il financé et maintenu ?
  10. Repères et sources pour aller plus loin
  11. Ce que la documentation Tails couvre déjà, ce qu’il reste à vérifier côté utilisateur

Le contenu suit la documentation officielle du projet et les pages d’avertissement que Tails publie lui-même ; il ne remplace ni le site tails.net, ni la lecture de la section « Warnings: Tails is safe but not magic! ». Les limites y sont documentées et datées ; un défaut observé n’est pas un défaut caché.

Pour situer Tails dans l’offre Linux du site, voir la rubrique Linux et terminal, la page Ubuntu, qui décrit la distribution généraliste équivalente pour un usage quotidien sans contrainte d’anonymat, et les commandes Linux de base pour les premiers gestes dans un terminal.

Que fait Tails exactement à chaque démarrage ?

Tails démarre depuis une clé USB ou un DVD, charge un système en mémoire vive et ne touche pas au disque interne de la machine. La page officielle « How Tails works » (nouvel onglet) résume le principe en deux propriétés :

La version installée recommande une clé USB d’au moins 8 Go (l’image fait environ 1,8 Go), et l’ordinateur doit être un PC 64 bits ; les smartphones et tablettes ne sont pas pris en charge, comme l’indique la page d’installation officielle (nouvel onglet).

Au démarrage, Tails configure automatiquement trois choses :

  1. le routage de tout le trafic réseau vers le réseau Tor, à l’exception d’un navigateur dédié (« Unsafe Browser ») désactivé par défaut depuis plusieurs versions ;
  2. le blocage automatique des applications qui tenteraient de se connecter à Internet sans passer par Tor ;
  3. le chiffrement automatique de tout ce qui est placé dans le Persistent Storage, avec LUKS et DMCrypt (le standard Linux de chiffrement de disque, dont Tails utilise les paramètres par défaut).

Que faut-il pour installer Tails ?

La procédure officielle tient en quatre étapes, publiées sur la page de téléchargement et de vérification (nouvel onglet) :

  1. Télécharger l’image USB depuis le site officiel. Le projet recommande Tails 7.12 (3 septembre 2026) sur la page d’accueil. L’image fait environ 1,8 Go ; une clé de 8 Go est le minimum, davantage est préférable pour le Persistent Storage.
  2. Vérifier l’image. La page de téléchargement publie une procédure de vérification (signature OpenPGP et empreintes SHA256) ; un fichier non vérifié ne doit pas être installé.
  3. Préparer un support amorçable. Le projet documente la copie de l’image sur clé USB à partir de Windows, macOS, Linux, ou en ligne de commande Debian/Ubuntu via GnuPG. La clé sera entièrement effacée : sauvegardez son contenu actuel.
  4. Démarrer sur la clé. Au démarrage de l’ordinateur, ouvrir le menu de démarrage (souvent F12, Échap, F2 ou F10 selon le constructeur), choisir la clé USB. Sur macOS, le « Startup Manager » s’ouvre avec la touche Option (ou Alt). Le système démarre alors sans utiliser le disque interne.

Un point important relevé sur la même page : « Tails ne fonctionne pas sur les smartphones et tablettes » ; le matériel de ces appareils n’est pas compatible avec les distributions Linux classiques. Pour Apple Silicon (M1 et suivants), Tails ne fonctionne pas non plus : il exige un processeur x86 64 bits.

Que contient Tails par défaut ?

Tails est livré avec une sélection d’applications configurées avec des valeurs sûres, prête à l’emploi. La page « How Tails works » liste, au moment de la rédaction :

Les applications additionnelles peuvent être installées depuis Debian au démarrage de Tails, à condition que la fonctionnalité « Additional Software » du Persistent Storage soit activée. Cette restriction est délibérée : elle évite qu’une application installée contourne la sortie réseau forcée par Tor.

Comment fonctionne le routage Tor par défaut ?

Toute connexion Internet initiée depuis Tails traverse trois relais Tor successifs, exploités par des opérateurs différents. La documentation officielle décrit le principe :

Le réseau Tor compte plus de 6 000 relais, exploités par des universités (MIT, entre autres), des organisations militantes (Riseup), des associations (Derechos Digitales), ou des hébergeurs commerciaux (Private Internet Access). Cette diversité est documentée comme un argument de robustesse : si quelques relais sont compromis ou malveillants, la structure reste saine.

Deux conséquences concrètes :

Le Persistent Storage : chiffré, non caché

Le Persistent Storage est une partition chiffrée sur la clé USB, protégée par une phrase de passe. Il occupe tout l’espace restant après l’installation et peut être activé ou non à chaque démarrage. Les réglages configurables couvrent, selon la documentation officielle : les documents, les mots de passe Wi-Fi, les favoris de navigation, les emails, certains logiciels additionnels, et la configuration générale.

Trois propriétés sont explicitement publiées par tails.net :

  1. le chiffrement utilise LUKS et DMCrypt, le standard Linux, avec leurs paramètres par défaut ;
  2. la force du chiffrement dépend avant tout de la phrase de passe : le projet recommande cinq à sept mots aléatoires ;
  3. le Persistent Storage n’est pas caché. Une personne qui obtient la clé USB peut savoir qu’il existe. Elle ne peut pas le lire sans la phrase de passe, mais le fait qu’il existe est visible.

Cette troisième propriété est ce qui distingue Tails d’une « clé USB invisible ». Si vous avez besoin qu’une clé paraisse ne contenir aucune donnée sensible, Tails ne le propose pas : le projet l’écrit noir sur blanc.

Ce que Tails ne garantit pas

La page « Warnings: Tails is safe but not magic! » du site officiel liste explicitement ce que Tails ne couvre pas. Les points qui suivent en sont extraits et reformulés ; pour le texte intégral, lire la source.

1. Identifier l’usage de Tor

Tails ne cache pas le fait que vous utilisez Tor. Votre fournisseur d’accès voit la connexion au réseau Tor ; les sites que vous visitez voient que vous arrivez par un nœud de sortie Tor. Pour cacher l’usage de Tor lui-même, le projet recommande les Tor bridges (relais non publics).

2. Sortie Tor : interception et attaques MitM

Le dernier relais Tor (« nœud de sortie ») établit la connexion vers le serveur de destination. Si vous accédez à un site en HTTP au lieu de HTTPS, le nœud de sortie peut lire le trafic en clair, et peut aussi tenter une attaque de type « machine-in-the-middle ». Tails et Tor Browser tentent de forcer HTTPS quand c’est possible. Si Tor Browser affiche un avertissement de sécurité sérieux, il faut utiliser la fonction « New Identity » pour changer de circuit et de nœud de sortie.

3. Attaques par corrélation aux deux extrémités

Un adversaire capable d’observer simultanément le trafic entrant et le trafic sortant du réseau peut, par analyse du timing et de la forme du trafic, désanonymiser un utilisateur. Ces attaques, dites « end-to-end correlation », ont été étudiées dans la littérature académique ; le projet Tails écrit explicitement n’avoir connaissance d’aucune utilisation réelle pour désanonymiser des utilisateurs de Tor. La page ajoute qu’aucun réseau d’anonymat pour la navigation rapide ne protège à 100 % contre ce type d’attaque, et qu’un VPN, qui ne passe pas par trois relais indépendant, est dans ce cas moins sûr que Tor.

4. Compromission matérielle

Aucun système d’exploitation ne protège contre une altération physique du matériel : un keylogger matériel, par exemple, enregistre tout ce qui est tapé au clavier, y compris les phrases de passe, avant que Tails n’intervienne. Le projet note que ce risque est plus élevé sur les ordinateurs publics, les cafés Internet, les bibliothèques, et les ordinateurs de bureau fixes.

5. Compromission du BIOS, de l’UEFI ou du firmware

Le firmware (BIOS ou UEFI et autres puces électroniques) est indispensable au démarrage, et aucun système d’exploitation ne peut se protéger contre un firmware compromis. Le projet cite en exemple la démonstration LegbaCore, qui a réussi à exfiltrer des clés GPG et des emails depuis Tails via une infection distante du firmware. La page officielle décrit ces attaques comme « compliquées et coûteuses », et précise n’avoir connaissance d’aucune utilisation réelle contre des utilisateurs de Tails.

6. Installation depuis un ordinateur compromis

Si vous téléchargez ou clonez Tails depuis un ordinateur dont le système d’exploitation est compromis (virus, logiciel malveillant), la clé Tails peut être altérée avant que vous ne démarriez dessus. La recommandation officielle est d’utiliser un ordinateur de confiance, et de ne pas brancher la clé USB Tails pendant qu’un autre système d’exploitation est actif sur la machine.

7. Une seule session, une seule identité

Si vous utilisez la même session Tails pour plusieurs identités différentes (par exemple un compte professionnel et un compte personnel), un adversaire peut relier ces activités : les sites web voient qu’ils partagent le même circuit Tor. La recommandation officielle est de redémarrer Tails entre deux activités distinctes, et d’envisager une clé USB séparée par activité.

Cas d’usage documentés par le projet

Le site officiel et la page Wikipédia anglophone citent plusieurs cas d’usage attestés :

Les cas d’usage sont énoncés ici sans mode d’emploi militant ; la documentation officielle reste la source de détail.

Tails, Qubes OS, Whonix : trois approches différentes

Le site officiel de Whonix publie une comparaison détaillée entre Whonix, Tails, Tor Browser, Qubes OS TorVM et le projet corridor, dans une page intitulée « Anonymity Operating System Comparison (nouvel onglet) ». Le tableau Whonix classe Tails comme « Live DVD / Live USB », basé sur Debian, avec un mode live obligatoire, et Qubes OS comme « General purpose OS » fondé sur Xen et Fedora. Les trois familles se distinguent ainsi :

Cette distinction est documentée comme suit dans la page « Tails vs Whonix vs Qubes » d’anoni.net, citée comme source secondaire : « Tails forgets, Whonix routes, Qubes separates » (Tails oublie, Whonix route, Qubes sépare). Cette formulation condense trois logiques distinctes : l’amnésie, le routage isolé, la compartimentation.

La matrice CyberSDF prévoit une page séparée pour Qubes OS (« Qubes OS et la compartimentation ») ; ce texte ne développe pas Qubes, il le situe par rapport à Tails. Le choix entre les trois dépend du besoin : amnésie ponctuelle (Tails), anonymat persistant au quotidien (Whonix), séparation de multiples activités à long terme sur une même machine (Qubes OS).

Comment Tails est-il financé et maintenu ?

Depuis le 26 septembre 2024, Tails a fusionné avec le Tor Project (nouvel onglet), qui assure désormais le développement et la maintenance. Avant cette fusion, Tails était un projet indépendant. La page « Donate » liste les soutiens financiers passés et actuels, dont Mozilla, DuckDuckGo, Open Tech Fund et Craig Newmark Philanthropies.

Le code source est public, hébergé sur gitlab.tails.boum.org/tails/tails. Le projet publie un changelog ouvert, ce qui permet à un chercheur en sécurité indépendant de vérifier le comportement attendu du système. C’est un argument de confiance documenté : la transparence du code est la base de la confiance, pas un slogan.

Repères et sources pour aller plus loin

Ce que la documentation Tails couvre déjà, ce qu’il reste à vérifier côté utilisateur

Ce texte décrit ce que Tails publie lui-même sur son fonctionnement et ses limites, avec les dates des avertissements et des versions citées. Il ne recommande pas un usage particulier, ne propose pas de procédure offensive, et ne présente pas Tails comme une garantie d’anonymat. La documentation du projet contient des avertissements explicites sur ce que Tails ne couvre pas ; ces avertissements sont reproduits ici plutôt qu’édulcorés.